« Les Terrasses » de Merzak Allouache

affiche_film_les_terrassesLe dernier film de Merzak Allouache «Les Terrasses», sorti en France ce mois-ci, rencontre déjà un beau succès depuis sa présentation à Venise en 2013. L’auteur de « Chouchou », « Le repentis » et « Harragas » donne une peinture assez sombre de la société algérienne, malgré le cadre et l’atmosphère enivrante des terrasses d’Alger.

Le film se déroule à travers cinq histoires, cinq lieux et cinq moments particuliers d’une journée. Il s’agit de cinq terrasses situées dans les quartiers historiques du centre d’Alger et des cinq temps de la journée que découpent les prières quotidiennes de l’Islam. Les thèmes sont la corruption, la drogue, la jeunesse désenchantée, l’islamisme rampant, les traumatisme des années noires du terrorisme, et la violence faite aux femmes passée et présente…

Le découpage spatio-temporel, au delà d’un simple procédé de dramaturge, nous plonge dans l’univers social et urbain de la Méditerranée. Les toits des villes d’orient, comme celui de « L’immeuble Yacoubian »*, ont la capacité de réunir dans un espace minimal, un maximum d’histoires, car les terrasse de ces villes sont des espaces essentiellement sociaux. Loin d’être des lieux privés, éloignés de la sphère publique, l’usage des toits-terrasses est essentiel à l’urbanité : les protagonistes se partagent cet espace, y cohabitent ou se rencontrent dans ces lieux, où se nouent et se dénouent les drames cachés de la société.

La ville orientale n’est pas comme la ville européenne, surdéterminé par la distinction des espaces publics et privés. La distinction se fait entre le bâti ouvert et fermé, l’espace public existant comme point de rencontre entre les deux ; c’est l’espace creux dans le bâti : le souk, le hammam, la cour intérieur, la terrasse, qui sont avant tout des espaces sociaux fondés sur l’échange. Loin de l’effervescence des rues, la terrasse est donc une zone d’intimité et de contact où peut naître un autre regard sur la société et émerger un discours critique : un regard suffisamment distancié pour exister, tout en demeurant profondément inscrit dans la chair de de la cité.

Judith

* Roman de l’écrivain égyptien Alaa al-Aswany publié en 2002

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