« New-York, un mythe filmé », rencontre avec Thierry Jousse

Ce compte-rendu a été réalisé suite à l’intervention de Thierry Jousse le 17 décembre 2008 au cinéma Bonne Garde de Nantes à l’occasion de la soirée New-York, un mythe filmé.

Introduction

Martin Scorsese, Jim Jarmusch, Woody Allen, John Cassavetes, Spike Lee, Raphaël Nadjari, James Gray… tous ces cinéastes, outre le fait d’être de grands noms du genre, ont en commun d’avoir mis en valeur, avec la singularité de leur point de vue, la ville de New York.

Nous voyagerons donc à New York en observant ses représentations, multiples et diverses, dans le cinéma américain des années 50 à aujourd’hui. Pour entamer ce périple, nous ferons face au très étonnant et méconnu film « Baby Boy Frankie » dont Martin Scorsese dira d’ailleurs qu’il est un de ses films préféré sur la ville qui ne dort jamais.

La rencontre avec Thierry Jousse a été l’occasion d’explorer, à travers différents extraits de films, la place que New York occupe dans le cinéma. Les extraits montrés sont tirés des films :

  • « La cité sans voiles » de J. Dassin
  • « The cool world » de S. Clarke
  • « Tous en scène » de V. Minelli
  • « Permanent vacation » de J. Jarmusch
  • « Taxi driver » de M. Scorsese
  • « King-kong » de P. Jackson
  • « French connection » de W. Friedkin

Thierry Jousse est réalisateur, scénariste et critique de cinéma français né à Nantes en 1961. Après avoir été rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma entre 1991 et 1996 et écrit plusieurs ouvrages sur le cinéma entre 1989 et 2003 (John Cassavetes, David Lynch, etc.), Thierry Jousse réalise trois courts-métrages dont « Le Jour de Noël » avec le musicien Noël Akchoté et « Nom de code : Sacha » avec Philippe Katerine, Margot Abascal, Anna Karina.
Parallèlement à ses activités cinématographiques, il écrit sur la musique pendant la seconde moitié des années 90 aux Inrockuptibles et à Jazz Magazine et collabore à de nombreuses émissions de radio sur France Inter (Le Masque et la Plume), France Musique (notamment les émissions de Bruno Letort) ainsi que sur France Culture.
Il co-dirige en 2005 une encyclopédie, « La Ville au cinéma » avec Thierry Paquot (Ed.Cahiers du Cinéma). En 2005, il réalise son premier long-métrage, « Les Invisibles » avec Laurent Lucas, Margot Abascal, Lio et Michael Lonsdale. Il termine actuellement un documentaire sur les musiques de films pour Arte et prépare son second long métrage avec Philippe Katerine.

Contexte et notes sur le réalisateur

Allen Baron, réalisateur américain méconnu du grand public, a réalisé quatre films dont ce premier opus, « Blast of silence », en 1961, ressorti en 2006 sous le titre « Baby boy Frankie ».
Arrivé avec retard au festival de Cannes en 1961, ce film n’a pu recevoir de distinction malgré une critique enthousiaste ; il recevra neanmoins un prix au festival de Locarno la même année.
Décrit par Martin Scorsese comme un des meilleurs films sur la ville de New-York, Baby Boy Frankie connait une nouvelle diffusion en salle pendant l’année 2006 mais reste cependant peu distribué dans les salles et reste méconnu du grand public.

Allen Baron est acteur principal, réalisateur et producteur de son film tourné avec un très petit budget. Tourné en quelques semaines dans des conditions difficiles, le tournage se terminera lors d’un ouragan rendant la dernière scène du film proprement apocalyptique. La bande originale, entre jazz et samba (Dean Sheldon est le chanteur dans la scène du bar), rythme l’atmosphère sombre/noir du film.

Allen Baron a réalisé trois autres films tout au long de sa carrière (« Terror in the City » en 1964, « Red, White and Busted » en 1972 et « Foxfire Light » en 1982) et se fera connâitre à Hollywood en écrivant des scénarios pour des séries US comme « Sherif fais-moi peur » (saison 2, 1979), « La croisière s’amuse » (saison 3, 1979) ou des épisodes de « Drôles de Dames » (saisons 1-2-3 de 1976 à 1978).

New-York, un mythe filmé

La ville de New-York est formée de cinq boroughs ou municipalités. Ainsi, l’île la plus connue, Manhattan, est découpée en quartiers.
Les plus célèbres de l’ile sont Little Italy, Chinatown, Harlem, Greenwich Village, Central Park… Les autres boroughs font également référence à notre imaginaire : le Bronx (« Il était une fois le Bronx » de R. De Niro), Brooklyn (« Little Odessa » de J. Gray, « Brooklin Boogies » de W. Wang), le Queens, Staten Island etc.
New-York fait partie d’un imaginaire collectif et chacun a ainsi en tête une image, une représentation de la ville sans obligatoirement avoir fait le voyage (King-Kong sur l’Empire State Building, la statue de la liberté, les ponts qui relient Manhattan à Brooklyn ou au Queens, les twin towers, les vapeurs d’eau s’échappant des bouches d’égouts, le bruit du subway, des sirènes des voitures de police, les taxis jaunes…). New-York, comme Paris, est une des villes les plus filmées au monde.

Toutes les époques du cinéma sont marquées par de nombreux films tournés à New-York. Une atmosphère particulière s’y dégage et autant les films de gangsters (Le film noir), d’amour (La comédie romantique), que les films de SF marquent l’histoire du cinéma New-Yorkais. Cette ville influence également fortement les auteurs étrangers : allemands comme Wim Wenders, Fritz Lang ou français comme Jacques Tati (« PlayTime ») ou Raphaël Nadjari (« Apartment # 5c » , « I’m Josh Polonsky’s brother » ).
Tous ces films (les séries également) participent à la production de cet imaginaire et aux représentations de cette ville et nous donnent à voir une image biaisée, fantasmée, qui participe à tromper sa réalité et à détruire sa vérité : parce que beaucoup trop exploitée, l’image de New York est standardisée, transformée en un décor de fiction éternel ; elle est devenue une ville qui n’existe pas.

Cette ville longtemps gangrénée par le crime et la corruption n’est pas la seule fournie par le cinéma. Là où les films noirs décrivent une situation socio-économique catastrophique (« La cité sans voile », « Les démons de la liberté » de Jules Dassin, « A tombeau ouvert » de M. Scorsese) ; les comédies musicales, quant à elles, développent une ville idyllique où l’amour peut se trouver à chaque coin de rue, où un couple peut danser en pleine nuit dans Central Park (« Tous en scène » de V. Minnelli)

Nous avons donc deux types de films, tout à fait différents, qui chacun dans leur domaine participe à faire disparaître New York.
En effet, ces images, connues de tous, élaborent un rapport décalé avec la ville. Les réalisateurs du cinéma noir vont créer leur propre géographie et ainsi créer une ville fantôme, souterraine (Harlem, Central Park, Little Italy, Chinatown).
NY comme Paris ont été tellement filmées, représentées, qu’il y a une confusion entre le réel et l’image pré-établie. l’idée de la doublure est particulièrement récurent (on la reconnaît tout autant qu’on ne la reconnaît pas).
Il s’inscrit dans le cinéma naissant comme Griffith.
Parallèlement, en 1912, Hollywood voit naître en ces murs ces premiers studios. Dès lors, NY ne sera plus le centre névralgique du cinéma américain. Il faudra attendre un certain temps avant que la ville de NY redevienne la ville du cinéma (les années 70). En effet, un climat plus clément et une lumière propice au tournage extérieur favorise le développement de ce nouvel eldorado. Un parallèle peut-être fait avec les studios qui se développent en France dans la ville de Nice (Studios de la Victorine).

De l’expressionnisme allemand au film noir…

La représentation de la ville au cinéma est sous influence de deux courants artistiques majeurs : l’expressionnisme allemand pour son côté noir et le néo-réalisme italien pour les tournages en extérieur et son réalisme social.

Après la première guerre mondiale, l’Allemagne connait une période de création artistique intense. Ce mouvement débute par les arts plastiques et le théâtre. Les représentations de la ville sont influencées par l’expressionnisme allemand (dimension plastique, picturales importantes) et reconstituées en studio. La vision de la ville est angoissante, ne présentant aucun échappatoire pour ses protagonistes. En effet, les horreurs de la guerre ont marqué à jamais les artistes (« Le cri » de Munch) et la vie est marquée par la peur de la modernité et le retour de la guerre.
Historiquement cette période d’après guerre, devient en Allemagne, un foyer créatif très marquant. Face au géant hollywoodien et à son florilège de productions luxueuses, le cinéma allemand subsiste malgré son manque de moyens évident, en développant des films symbolistes, en jouant sur des mises en scène singulières créant ainsi une atmosphère unique proche de l’expressionnisme (« Le Cabinet du docteur Caligari » de Robert Wiene en 1919, « Le Golem » de Wegener en 1920 et « Nosferatu » de F. W. Murnau en 1922).

Les premiers metteurs en scène du cinéma allemand, sous influence de l’expressionnisme, introduisent clairement ces éléments dans leurs films. Ainsi « on arrive au symbolisme grâce aux décors, aux lumières, aux costumes et à l’interprétation des personnages, éléments qui aspirent à montrer une optique déformée de la réalité ».
Le cinéma exprime, sous des formes visuelles nouvelles (ombre et lumière), les états d’âme des réalisateurs et de leurs personnages. Une certaine idée de l’artifice apparait.
Rapidement, entre 1920 et 1930, l’influence du Dadaïsme perd de sa force et libère le cinéma allemand de l’abstraction qui lui est propre.L’émigration de nombreux réalisateurs allemand à l’arrivée des nazis aura une influence capitale sur la production hollywoodienne.

Le mélange de ces deux styles artistiques permettent la création d’un nouveau genre, essentiellement américain, apparu après la Seconde Guerre mondiale : le film noir.

Certains critiques se plaisent à rappeler que le film noir était « une greffe » étrangère, un avatar de l’expressionnisme allemand, un « écran hanté » voyageant de Berlin à Hollywwod avec Robert Siodmak, Billy Wilder et Fritz Lang… mais chacun d’eux avaient travaillé en Amérique bien avant l’avènement du genre et sont tombés dedans au même titre que d’autres réalisateurs (« Film noir : le mythe » de Jerome Charyn, traduit de l’américain par Jeanne Guyon dans « La ville au cinéma », p.157. Cf. bibliographie).

La ville semble intrinsèquement liée aux intrigues des films noirs. Un genre difficile à déterminer mais qui demeure de toute façon un « hymne aux villes » et c’est le critique Nino Franck qui parle pour la première fois de « film noir » dans les années 50. Son émergence coïncide également avec l’essor des grandes métropoles :

Il renvoie à l’Amérique un miroir où elle découvre ses tares : toute-puissance de l’argent, corruption des milieux politiques, violence, produits d’une civilisation urbaine trop vite développée.

L’immigration d’un certain nombre d’artistes allemands, précédemment cités, avant, pendant et après guerre influence fortement le cinéma américain. Ainsi après la seconde guerre mondiale, l’idée germe que la ville va vivre pour elle-même. Le studio devient moins central, la conquête de l’extérieur devient un enjeu important. Le film noir est influencé par le néo-réalisme italien (« Rome ville ouverte » de Rosselini, De Sica avec « Le voleur de bicyclette »). L’objectif est de filmer la ville, de la « sentir » de l’intérieur. Ainsi Jules Dassin, sous influence italienne, réalise « La cité sans voiles », et nous offre une immersion dans les rues de NY telle qu’elle est, dans un souci de réalité.

Le film s’ouvre sur un survol des rues de NY où la voix du producteur précise que les acteurs jouent leur rôle dans de vraies rues et de vrais immeubles et la voix conclut « il y a huit millions d’histoires dans la cité dévoilée. Voici l’une d’entre elles ».
Cette phras,e comme le précise P. de Chassey, « résume l’inexorable attraction de la ville comme un univers aux milles intrigues possibles ». La ville moderne, à la fois sauvage et civilisée, est le cadre idéal de l’action (« French Connection » de W. Friedkin par exemple).

Dans « Baby boy Frankie », nous sommes dans un au-delà. En effet, il nous donne une vision moderne de la déambulation dans la ville. Le plan d’ouverture est comme un accouchement (dit dans la voix off), donc long et douloureux ; un tunnel profond et obscure où seule une lumière froide et blanche viendra délivrer l’enfant par un cri.

Ainsi A. Baron reprend les principes du film noir et est aussi clairement influencé par le néo-réalisme avec de superbes images de NY où les périgrinations mentales qui accompagnent « ses déambulations renvoient aussi à son chaos intérieur, entre passé douloureux et sentiments angoissés du présent, chaos qui laisse rarement la place au silence ou au dialogue ».
La ville est vécue comme un espace de corruption où l’appât du gain fait fit des lois. C’est donc un enfer mais un enfer séduisant, qui fascine autant le réalisateur que le spectateur.

Quelques plans sont emblématiques et symptomatiques. Par exemple, après avoir étranglé le gros barbu dans son appartement, Franckie sort dans la rue et le plan nous offre une vision blafarde de l’homme seul dans la rue, anonyme et sans bruit.

Abraham Polanski, chassé par le maccartisme, représente un NY fantomatique, une ville géométrique, presque lunaire dans « Force of Evil ».
Conjointement, se développe les comédies musicales avec une exaltation de la ville lumière. Ex: . Dans les comédies musicales, la ville incarne la modernité, offre une représentation idéale de la ville, sans problème, idyllique, comme ce balai dans Central Park entre .Donner le titre du l’extrait de film projeté 1949, « Un jour à New York » (Jane Kelly).

Extraits projetés et filmographie

Thierry Jousse a commenté des extraits de films projetés. Nous avons souhaité les compléter par une filmographie loin d’être exhaustive et répertorier les principaux quartiers de ces films :

  • « La ville sans voile » de Jules Dassin. Premier film tourné à l’extérieur (voir histoire du tournage) : exaltation de la ville, mais aussi de l’angoisse (réf. à la voie off).
  • V. Minelli : comédie musicale, reconstitution en studio. De la promenade à la danse, toute la grâce mise en valeur par un Central Park verdoyant. Minelli exalte la ville, léger, la fluidité du balai, du filmage … dans un montage serré, beaucoup plus libre pour appréhender l’espace. Ses films sont sans rapport avec la ville réelle et exalte la ville lumière où tout est possible.
  • « The Cool World » (1961) de Sharley Clarks est très proche de J. Cassevetes. Traversée de Harlem dans un bus. Réalisatrice noire américaine, très ancrée dans la ville. On sent la délinquance prématurée, ne cache rien de la misère des 60′s, mais en même temps vision très chaleureuse de la ville. Contemporain de la nouvelle vague française.
    Ce genre de film est décisif de la vision de NY.
  • « The Shadows » de Cassavetes. Identité entre les noirs et les blancs. Exaltation de la ville, joie de sentir dans la rue.
  • « Permanent Vacantions » (1980) de J. Jarmusch. Déambulation à son point extrême dans le down town de le ville (The Village). Personnage déconnecté de son environnement fantomatique, on ère dans une ville (scène projetée, quartier en perdition, sans habitant, en ruine, abandon de tout et de tous, dénuement le plus complet…)
  • « Taxi Driver » (1976) de Scorsese. Même sentiment de haine que dans Baby boy Frankie. Plus violent encore dans Scorsese et en même temps fascination pour cette ville… film fasciste ? (réf. parole de De Niro) ou regard de fascination ? La voie off : lien et ambivalence entre ces 2 films. La ville redevient menaçante, sale, la réalité a gagné, relève de l’angoisse. Lien fort entre ces 2 films mais nous ne saurons pas si Scorsese connaissait déjà à l’époque ce film).
  • « French Connection » (1971) de William Friendkin est concomitant de films classés « réacs » comme « Les Chiens de paille » de Sam Peckinpah et « L’inspecteur Harry » (Don Diegel) qui annoncent le retour de l’administration conservatrice du président Nixon. Ces films promulguent le retour à la loi et à l’ordre où chacun peut s’auto-défendre et où les flics n’hésitent pas à nettoyer leur ville au Magnum.
    Ainsi, W. Friendkin filme sans autorisation dans les rues de NY, ce qui lui permet d’offrir au spectateur une des plus belles course-poursuite dans les rues de NY. Il invente sa façon de filmer la ville de NY et de renouveler un genre qui s’essoufflait, avec une ville, NY, largement filmé et sureprésenté.
  • « King Kong » (2000) de Peter Jackson. NY numérique. Différent du tout documentaire, retravaillé la ville.

Les séries américaines représentent aussi une certaines idées de la ville :
NYPD (lien avec French Connection), Sex On The City (lien avec Woody Allen), Inspecteur Harry à San Francisco.

Thierry Jousse est très critique sur les représentations de la ville dans les films de W. Allen : pas de camés, pas de noirs. Représentation du NY traditionnel, de la gentry new-yorkaise.

S. Lumet, avec un « Un après-midi de chien », marque aussi de sa vision de NY.

« Smoke » est un point de vue subjectif sur la ville.

James Gray avec ses quatre premiers films peut-être classé comme un cinéaste urbain.
Il se focalise sur les quartiers de NY dans lesquels la communauté juive est importante.
Ainsi « Little Odessa » (1994), « The Yards » (2000), « La nuit nous appartient » (2007) et « Two lovers » (2008)…

Importance de la déambulations des personnages dans cette ville ; de la dimension mentale de cette ville. Conquête du réalisme et au-delà. Cf errance dans les films de Win Wenders.

En guise de conclusion, on a pu voir que pendant plusieurs années le lieu central des tournages se déroulait sur l’ile de Manhattan et que l’élection de Giulani à la tête de la municipalité (accompagné de sa politique de tolérance zéro) avait participé certainement à aseptisé la ville et ainsi à modifié les lieux de vie, de sociabilité, de créativité.

Aujourd’hui, il semblerait que le manque de renouvellement social, l’absence de marge dans la ville a pour conséquence une baisse de la création cinématographique. En effet, l’augmentation du prix du foncier offre une représentation de la ville figée où la population, ayant les mêmes caractéristiques sociales, ne se renouvelle plus… ce qui fait que la ville se recrée ailleurs.

Ainsi, les lieux de tournage se modifient : Manhattan, dans les années 80, quartiers périphériques dans les années 90/2000 : Little Odessa, Bronx (voir en particulier les films de J. Gray)…

La volonté du politique de tout contrôler et d’offrir une ville « nettoyée » de tous les maux de la société génèrent donc une ville polie et en dehors de toutes réalités sociales.

Nous terminerons par ses propos qui ouvrent des perspectives pour la suite de nos soirées : est-ce que la ville aseptisée génère ou non de la créativité ? Ou qu’est-ce qui permet la créativité en ville ?

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